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 Alexandre Dreyfus, Chilipoker : "la France est le 5ème marché mondial pour le poker et casinos en ligne" 1) Alexandre Dreyfus, à quelque jour de l'annonce par le gouvernement, de l'ouverture du marché des jeux en ligne, pouvez-vous nous donner une estimation personnelle du marché du poker en ligne en France ? A partir des informations que j'ai pu récuperer, le revenu brut des opérateurs de poker en ligne (hors casino online) sur le marché français serait compris entre 100 et 130 millions de $. C'est un secret de polichinelle, mais la France serait le 5e marché mondial de poker & casinos en ligne. Et ce marché est aujourd'hui trusté par des opérateurs non-français.
2) Au vu des premières informations fournies sur l'ouverture, quel est votre sentiment ?
Pour moi, la vraie information est la décision politique et affirmée de Nicolas Sarkozy concernant l'ouverture. C'est une bonne nouvelle. Mr Woerth dit "tout est prêt", mais tout le monde sait que ce n'est malheureusement pas le cas. Aucune décision claire n'est aujourd'hui prise concernant les modalités, la fiscalité et les conditions d'accès. A leur décharge, il faut rappeller qu'il s'agit d'une problématique réellement complexe avec de nombreux interlocuteurs.
Sur certains points annoncés, voici mes commentaires :
Courses hippiques
Principe du pari mutuel, je pense que tout le monde est d'accord, Zeturf est spécialisée en pari mutuel et se dit ravi de pouvoir participer au financement de la filière équine. On parle beaucoup trop de ce sujet, alors que c'est en réalité le plus facile à régler. En France, si je devais simplifier, les courses sont organisées dans le but unique de prendre des paris sur celles-ci. Donc le modèle économique des courses françaises, est le pari mutuel. Point à la ligne. Personne ne remet en cause ce schéma. A la différence, des matchs de football ou autres événements sportifs qui ont développés des modèles économiques différents et indépendants (sponsoring, billeterie, droits TVs, ...) et qui n'ont donc jamais eu besoin d'être soutenus par une activité de paris sportifs. Paris sportifs
Je suis 100% d'accord avec Mr Woerth sur le fait qu'il faille se concentrer sur les paris sportifs liés à la performance globale, et non au détail durant un événement. Cela est vrai, pour toute prise de pari avant le début de l'événement (pour éviter tout trucage de match). Néanmoins, il faudra probablement laisser, avec quelques garde-fous, ces possibilités lors de live-betting.
Concernant les droits, sur la prise de paris, cela n'existe dans AUCUN autre pays au monde. La France ne pourra pas défendre cet argument. Il est impensable d'organiser un reversement d'un % du CA sur tous les événements mondiaux, proposés par les opérateurs de jeux dans le monde. C'est techniquement, légalement et financièrement impossible. Soyons réalistes.
Par contre, la solution pour trouver de nouveaux financements pour les organisateurs d'événements, serait la commercialisation du droit à l'image. C'est-à-dire, qu'un opérateur de jeux payerait l'organisateur, détenteur d'une marque, pour promouvoir son offre commerciale, voire pour avoir le droit de diffuser en video live sur internet l'événement (exclusif ou non). Cela me semble le meilleur moyen d'optimiser les revenus & métiers de chacun.
Bien évidemment, la prise de paris sportifs, à la différence des courses hippiques, doit être sous forme de "paris à côtes fixes" et non en mutuel. L'offre mondiale des paris est structurée comme cela, c'est illusoire de penser que la France peut changer l'industrie des paris sportifs dans le monde.
Casino & Poker
Personnellement, je ne comprends toujours pas pourquoi les opérateurs traditionnels (Partouche, Barrière, Joagroupe, ...) n'ont toujours pas accès au marché, alors que la FDJ et PMU sont présents. Je comprends le combat de Mr Partouche et de ses confrères pour obtenir ce droit.
Néanmoins, je ne comprends pas la position du gouvernement. D'après les dires de Mr Woerth, il ne faudrait pas autoriser les machines à sous sur internet, sous pretexte que cela peut-être addictif. Sic ! Ce qui finance les casinos en France (et donc l'état et les collectivités locales) c'est justement les machines à sous. Je n'ai pas le chiffre exact, mais je crois que les jeux de tables représentent moins de 10% des produits brut de jeux des casinos français. C'est une spécificité française. L'Etat et les casinos ont éduqué le joueur aux machines à sous. C'est un fait ! On voudrait stopper le développement des casinotiers français sur internet qu'on n'y prendrait pas autrement. Je n'ai jamais vu, l'Etat ou un organisme de tutelle, venir derrière un joueur qui est sur une machine à sous depuis 8h ou un rapido pour lui demander d'arrêter. Donc pourquoi imposer plus de règles à internet qu'il n'y en a dans les établissements réels ?
Dois-je rappeller, qu'à Malte par exemple, si vous jouer pendant 2 heures sur un casino online licencié ... vous allez reçevoir différentes alertes vous demandant si vous voulez vraiment continuer à jouer ? L'intérêt de l'internet justement, est donc de pouvoir créer des outils permettant de protéger de consommateur. Nous sommes capable de créer des limites par jour de dépôt, de jeux, etc ... Cela n'existe pas dans n'importe quel bar tabac et surtout pas au PMU. De toute façon, si les opérateurs 'agréés' ne peuvent pas proposer de machines à sous en ligne ... Les joueurs français iront de toute façon sur d'autres sites internet ... Et l'état de collectera pas de taxe.
La protection contre l'addiction du joueur ne doit pas être sur le type de jeu (liberté individuelle : le joueur doit pouvoir choisir sur quel jeu il a envie de jouer !) mais sur la limation du joueur.
Enfin, concernant le poker, c'est évident que le doit être autorisé dès le début de la mise en pratique d'une nouvelle législation. J'aime à rappeller que le poker en ligne, fait parti de l'écosystème du poker en France. Concrètement, on voit du poker à la télé, on découvre et on joue entre ami ou sur internet, avant pourquoi pas, de jouer dans les casinos. Mais le seul moyen d'apprendre à jouer au poker, sans argent, c'est sur internet ! Il est quand même important de préciser que sur internet, vous pouvez deposer 20 euros et miser centime par centime, alors que dans un casino le dépôt minimum est entre 100 et 250 euros. Les offres sont donc 100% complémentaires, non concurrentes. Le succès du Partouche Poker Tour est dû (entre autres) à la communauté des joueurs de poker sur internet. Tout le monde y gagne donc, y compris l'Etat.
3) Envisagez-vous de demander une licence en France ? Si oui, envisagez-vous de localiser une partie de vos équipes en France ? Vaste question. Il ya plusieurs éléments de réponse. En effet, théoriquement, au titre de l'article 49 du traite de Rome, un opérateur basé en Europe peut librement avoir accès aux marchés de l'Union. Donc, théoriquement, et c'est le combat de nombreux opérateurs étrangers, pas besoin de demander une licence française. Mon cas est différent, je suis français. Mon attachement et mon état d'esprit me rapproche de la France et m'éloigne de mes concurrents. Chilipoker n'a d'ailleurs jamais été très actif en terme de publicité sur le marché français, pour éviter tout problème. Je dis souvent qu'être Français ne m'enlève pas le droit de travailler dans l'industrie du jeu en ligne. C'est pourquoi Chilipoker, installé depuis 2 ans à Malte, est avant tout un site de poker en 5 langues et qui génère la majorité de ses revenus en Scandinavie, Allemagne et Europe de l'Est. Néanmoins, nous avons de grandes ambitions pour la France et mon expérience ainsi que ma nationalité sont des atouts. Nous travaillons, dans l'ombre, depuis près d'un an à l'obtention d'une licence, ou tout du moins de la compréhension des modalités. Donc bien évidemment, Chilipoker est d'ores et déjà intéressé aujourd'hui à l'acquisition d'une licence ou d'un agréement français. Par contre, Chilipoker est une entreprise internationale .... Nous avons 8 nationalités et seulement 3 français dans notre équipe à Malte. La France restant un marché parmi tant d'autres, il n'est pas logique pour nous d'installer l'ensemble de nos équipes en France, mais il est évident que nous y installerions un bureau pour développer nos activités locales. Nous pourrions même imaginer d'y créer une holding et/ou de s'introduire à terme en Bourse en France. 4) Dans votre métier, quel serait l'intérêt pour vous d'obtenir une licence plutôt que de continuer à opérer depuis Malte avec une licence maltaise ? La condition d'une licence et d'une taxe doit être compensée par une facilité d'accès au marché, ce qui se traduit par la promotion de nos marques dans les médias et particulièrement la TV. 5) Chilipoker envisage-t-il d'étendre son activité aux casinos ou aux paris en ligne ? Aujourd'hui, Chilipoker est le navire amiral de mon entreprise. C'est une société de 22 personnes et pensons être 30 ou 40 d'ici la fin de l'année. Sur le poker uniquement, nous réaliserons au niveau mondial, près de $10M de revenus en 2008. Mais la stratégie de l'entreprise est d'être un "opérateur alternatif" de jeux : ChiliGaming. Concrètement, nous opérons déjà un petit casino : chilicasino.com et allons annoncer très prochainement l'acquisition d'un site de paris sportifs basé à Malte, qui nous permettra de lancer chilibet.com. Nous avons aussi dans les cartons d'autres jeux tels que chilibingo.com, chiliplay.com, etc ... Mais tout cela reste à valider en 2008. Pour nous le poker, sera notre produit mondial, mais les paris sportifs devraient être concentrés sur la France, probablement avec un partenaire local. 6) On vous voit beaucoup intervenir dans les médias français depuis 3 mois, pourquoi cette stratégie ? En réalité, depuis 2 ans, il y a une campagne de communication, probablement orchestrée pour défendre les intérêts des monopoles français, visant à noircir l'industrie du jeu en ligne. On parle de blanchiment d'argent, d'addiction, de matchs truqués. Tout cela est toujours à décharge des sites de jeux qui, n'ayant pas de porte parole français, n'arrivent pas à se défendre. C'est pourquoi, j'essaie de promouvoir une entreprise de jeu transparente (nous mettons le nom et photos de nos collaborateurs sur le site), un jeu responsable (limites de dépôts, ...) et aussi une histoire entrepreneuriale française ... car il n'y a pas de raison de laisser le marché des jeux en ligne aux opérateurs étrangers. Source: 20minutes.fr
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